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Tempête 256 : un entretien avec Laurent Chambert

Tempête 256
(sur un cd rom de Laurent Chambert)

v-18-256

Tempête 256 n’est pas une pure surface mathématique, une simple étendue numérique. Elle déploie un espace qui sera aussi bien espace par le heurt, l’éclair, les rencontres qui s’y produisent, des effets d’accélération et de ralentissement, d’élévation et d’enlisement, d’engorgement et de tarissement.

Evoquer Tempête 256, cela revient évidemment à voir comment l’objet s’organise dans des coordonnées techniques et fait ressortir une certaine pratique associée à la technologie. Si l’on prend en compte son contenu immédiat, il n’y a qu’à remarquer la profusion d’images appartenant à cet univers pour se dire que l’on tient  le sujet principal de Tempête 256. Du plus loin comme l’hydraulique jusqu’au plus récent comme le nucléaire, nous avons là tout un corpus traité sur un support numérique, lui même devenu l’emblême d’une emprise et d’un triomphe de la technologie.

Cependant chez Laurent Chambert, nulle apologie. Et nous sommes loin également d’une préoccupation pessimiste qui se proposerait d’examiner ou de prévenir d’un désastre imminent. Tempête 256 n’a pas pour projet d’emporter une adhésion ou de pousser au refus de la science. Les représentations, à la fois extrémement rigoureuses et complexes de Tempête 256, ne sont pas là pour nous consoler ou nous faire peur; dans un cas barrer la connaissance du monde, et dans l’autre exalter l’inconnu du monde. Et c’est sans doute ici que l’on peut lire le mieux l’un des enjeux de cet objet : qui serait de venir casser les représentations et les visées usuelles élaborées autour de la science.

Mais à la différence des auteurs de science fiction, l’introduction même d’une fiction n’obéit pas à une volonté expressive ou d’expression personnelle. S’il y a fiction dans Tempête 256, c’est à partir d’un fonds documentaire emblématique, une menée discrète – une façon de rester discret sur le sujet ; et une façon aussi de se rendre disponible aux bouleversements qui se déclarent dans notre perception du monde et la formation de nos images. Dans tous les cas,  une exigence de création qui est avant tout une exigence de déplacement.

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DB – Reprenons l’entretien et repartons de là. Partons d’une idée. Une idée, et cette idée est tout de suite la plus profonde, n’est pas à creuser. L’idée la plus profonde que l’on puisse prêter à un documentaire, – car Tempête 256 est bien un documentaire n’est-ce pas ? – c’est celle de sa durée. Alors combien de temps cela dure t-il ?  Combien de temps cela prendra t-il pour parcourir Tempête 256 ?

LC – Pour voir cet objet, il faut utiliser les moyens de l’informatique, et comme pour la lecture d’un livre, il est nécessaire de l’ouvrir.

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En reprenant l’entretien …

En reprenant l’entretien, l’idée était de laisser subsister quelque chose de l’ordre d’un cheminement. Il ne s’agissait pas de reproduire les oscillations d’un discours qui se chercherait encore, ni d’affecter une formulation tout en suspens censée assouplir ce qui reviendrait au fond à une analyse critique. Il s’agissait plutôt de faire la part d’une approche où la proposition artistique, se laisserait cerner de plusieurs points de vue à la fois. C’est à dire une approche où nous même serions concernés par tout ce qui dans cet objet  autorise, le temps d’un entretien, différents points de vue. Essayer, à propos de Tempête 256, de parler sans point de vue privilégié ; chacun abandonnant ses propres privilèges, celui d’auteur ou celui d’interlocuteur – non pour rejoindre une position aveugle ou de feinte ignorance, mais pour ménager et caresser dans l’objet cette dimension, qu’il n’a pas d’abord : celle du temps, le temps même d’un entretien, où l’objet est amené à s’ouvrir et se transformer.

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Une approche, un cheminement : ce qui signifie déjà réaffirmer (avec malice, s’agissant d’un objet numérique) la nécessité, contre ceux qui voudraient  nous en délivrer, d’une expérience du corps. Alors, oui, une marche en vue de cet objet complexe qu’est Tempête 256.

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Et marcher, c’est revenir par tous les cotés à la fois, sur tous les versants de l’objet. Revenir par son titre bien entendu. Par le plus accessible, mais qui est sans doute le plus raide. La Tempête 256 : une fois dépassée l’indépassable référence à Shakespeare – car Tempête 256 laisse en l’état l’autre Tempête, celle de Shakespeare ; elle n’y touche même pas. Ici les choses ne se passent pas sur une île. Pas plus qu’elles ne renvoient à une figure de soi inépuisable, Ariel ou Caliban.

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DB- Mais dans Tempête 256, dans ce travail singulier du titre, il y a bien le mot Tempête : quelle tempête alors, s’il ne s’agit plus de se demander sur quelle île nous avons été projetés, et quel livre il nous faut à présent enterrer ?

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C’est une tempête bien étrange, bien calme en réalité, baignée par des bruits de vague – un ressac dont on se met à douter très vite qu’il vienne rétribuer le titre. Ce bruit ne colle pas. Ce bruit décollé qui cesse de jouer sur une imitation, et s’enlève d’un rapport avec les images.

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DB-Quelle tempête alors, si ce n’est pas la nature qui se déchaîne, et s’il n’y a pas dévastation ?

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Le titre, qui a pu nous inciter à voir l’objet d’abord dans un mouvement d’exaltation de la nature, dresse maintenant un tout autre plan. Celui, chiffré, de la technologie. Et c’est comme si la tempête nous rencontrait là, sur ce plan. Comme si la tempête et ses effets s’étaient déplacés et se trouvaient rabattus dans une nature seconde, irréductible, impassible qui ne doit plus rien à la nature première.

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DB-La tempête – est-ce alors notre tempête, celle de ce moment du monde ? Une métaphore pour tous les bouleversements d’une actualité liée à la technologie. Cette montée en puissance sans précédent qui contrecarre en effet  jusqu’aux principes les plus avérés de la nature.

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Sur le fond : Exalter et contrecarrer la nature.

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DB- Et sur la forme : Tempête 256 se donne comme un labyrinthe à explorer. Pourquoi un labyrinthe ? Pour nous perdre ?

LC-Le labyrinthe en tant que forme profondément inscrite dans notre culture fonctionne ici différemment. Comme un appel.  C’est la nécessaire mise en oeuvre d’une représentation au sein de laquelle nous pourrons tous nous retrouver.

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Posted: décembre 11th, 2005
Categories: Actus
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